Voilà donc une pièce d’un
denier de l’empereur Tibère à l’époque de Jésus. La dimension idolâtrique de la pièce
rebutait à juste titre les autorités juives. La justification religieuse de l’autorité
d’un souverain est habituelle de l’Antiquité jusqu’à maintenant. La postérité de la
célèbre formule du Christ sur ce qui est à Dieu et ce qui est à César est bien plus
l’histoire de l’Eglise se libérant du joug du pouvoir temporel que l’histoire du pouvoir
temporel se libérant du spirituel.
Que l’État ait souvent trouvé sa
justification dans la religion, ne doit pas cacher l’extrême différence entre les Augustes
Césars et les Rois Chrétiens. Les premiers exigeaient une véritable latrie de leur
personne, il fallait les considérer comme dieux. Tandis que les seconds recevaient leur
pouvoir de Dieu. Cette distinction n’était pas que de papier, malgré le culte du Soleil à
Versailles, elle permettait une critique et une liberté quoique souvent réservées à
l’intériorité.
Un État laïc ne veut point dire un
État libéré de la tentation idolâtrique. Au contraire, sans garde-fou, un État areligieux
risque vite de se transformer en culte idolâtrique de l’État. Les États athées communistes
ou nazis en sont des exemples éclatants. Des Augustes aux Grands Timoniers la tentation de
l’État pour accaparer toutes les dimensions humaines jusqu’au désir de Dieu se renouvelle
toujours.
La pièce est à l’image de César,
l’homme à l’image de Dieu. La distinction entre les deux demeurait facile. Mais dans le
métal s’affichait la prétention de l’Etat à modeler humanité à son image. Il est naïf de
croire que cette prétention n’existe plus. Surtout à notre époque, sous nos yeux
disparaissent les limites entre le public et le privé, tout peut être enregistré et gardé,
des algorithmes aveuglent sciemment nos cerveaux avec une facilité déconcertante.
Un État pourrait bien un jour
modeler à son effigie l’homme lui-même, et non plus seulement du métal.
Abbé Balaresque