23ème dimanche du Temps Ordinaire
dimanche 6 septembre 2026
ANATHÈME
La charité fraternelle, selon saint Jean, est le critère d’authentification de notre foi : « si quelqu’un dit : “J’aime Dieu”, et a de la haine pour son frère, c’est un menteur ; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas » (1 Jn 4, 20. A cette aune, la correction fraternelle se comprend comme un des sommets de l’amour, à la fois dans son intention : sauver son frère de la mort éternelle à laquelle il court ; et à la fois dans sa réalisation : il n’est pas aisé de trouver les mots et l’attitude qui obtiendront la conversion de mon frère sans jeter de l’huile sur le feu. Il est donc bien difficile d’accomplir la véritable correction fraternelle. A cet égard, l’anathème et l’excommunication sont des notions incomprises. Elles sont dites peines médicinales car elles visent à soigner plus qu’à punir. La conversion du pécheur est visée, non l’endurcissement de son cœur.
L’anathème est une chose bien oubliée quoique belle. Elle désigne en grec profane la consécration complète d’une chose à la divinité. Ce qui est anathème ne peut plus être utilisé pour autre chose que la divinité. Dans ce sens est anathème ce qui est livré à Dieu non pas comme une offrande mais comme une chose ou une personne abandonnée à Dieu. Ainsi, l’Église déclare anathème tout ce qui se met en dehors de sa communion et autorité, elle le livre à Dieu car cette personne ou cette chose est parvenue au point où l’on ne peut plus rien pour elle humainement parlant. Elle est ainsi livrée à la conséquence ultime de ses actes et pensées, livrée à Dieu, seul être à pouvoir tirer un bien du mal. En cela, l’anathème si décrié est un acte de charité, il vise à désigner ce qui est mal afin de s’en détourner. L’ancien rituel l’inscrivait dans le cadre de la correction fraternelle, et le rite spectaculaire des cierges retournés et éteints contre le sol visait à frapper l’esprit pour susciter une ultime fois la conversion. D’ailleurs, le rituel de réintroduction d’un anathème pénitent rétablissait le réconcilié dans l’Eglise comme au jour de son baptême.
Deux erreurs sont donc à proscrire : l’anathème de tout ce qui bouge, et l’indifférence, voire la complaisance, envers les fautes de ceux que Dieu m’a donnés pour frères. La bonne attitude se trouve dans une relation juste à Dieu qui m’ajustera à mes frères : « En cela nous connaissons que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous pratiquons ses commandements. Tel est en effet l’amour de Dieu : que nous gardions ses commandements. Et ses commandements ne sont pas pénibles » (1 Jn 5, 2-3).
P. Paul Balaresque
Lectures de la messe dominicale

Ez 33, 7-9 ; Ps 94, 1…9 ; Rm 13, 8-10 ; Mt 18, 15-20