26ème dimanche du temps ordinaire

Dimanche 25 septembre 2022

APRÈS LA MESSE

Je ne suis pas un grand adepte de cinéma mais je remarque ceci : quand nous allons voir un film avec des amis, cette activité commune est systématiquement suivie d’un verre ou d’un dîner au restaurant. Ce moment convivial est généralement l’occasion de revenir sur le film que l’on vient de voir, de le commenter, de dire aux autres ce qui nous a plu ou ce que l’on a moins apprécié. Cette habitude assez universelle révèle une nécessité humaine qui consiste à mettre des mots et à partager avec d’autres ce qui a été vécu. Un tel échange prolonge l’activité qui nous a réunis et cristallise la joie que nous a procurée un bon film (dans le meilleur des cas). Deux moments se succèdent et ne sauraient être confondus : il y a la séance pendant laquelle nous sommes ensemble mais tout occupés à regarder le film ; il y a ensuite un temps convivial pendant lequel nous échangeons ce que nous avons ressenti juste avant. « Un temps pour se taire, et un temps pour parler » disait Qohèleth (3,7) !

Cette réalité de la vie courante me paraît instructive pour notre vie paroissiale. Nous nous retrouvons le dimanche pour célébrer la messe et nous le faisons ensemble. Par notre communion au corps sacrifié du Christ, nous y recevons sa vie et nous en sommes remplis quand nous quittons l’église. Que faire de cette vie ? La garder pour soi ? Nous risquerions de la perdre. Le Seigneur lui-même nous a mis en garde cet été contre la thésaurisation (Luc 12,13-21). Il s’agit donc de redonner ce que nous avons reçu. Les apéritifs organisés par quelques paroissiens à la sortie des messes depuis un mois sont un moyen qui devrait nous y aider. En buvant un verre de jus de pomme, nous tenons certes des propos banals mais, en le faisant, nous laissons la vie du Ressuscité circuler dans son corps que nous formons. Alors se cristallise en nous la joie d’appartenir au peuple des vivants.

Sans doute allons-nous plus spontanément vers ceux que nous connaissons déjà, d’une part parce que nous sommes heureux de les retrouver, d’autre part parce que c’est plus facile. Profitons néanmoins de ces apéritifs d’après la messe pour oser la rencontre. Il y a dans la paroisse les visages familiers de ceux que je croise chaque semaine sans les connaître vraiment, il y a les visages nouveaux de ceux qui s’échappent discrètement parce qu’ils ne connaissent personne. Nous sommes tous un peu gênés d’entamer une conversation avec un inconnu. Mais, à la sortie d’une messe, sommes-nous vraiment des inconnus les uns pour les autres ? Nous venons de vivre ensemble le Mystère pascal du Christ, nous avons été plongés ensemble dans le feu de l’amour de Dieu. Cela devrait déjà avoir brisé la glace entre nous ! Il ne reste donc plus qu’un petit pas à faire.

Un temps pour prier, et un temps pour rencontrer, dirait Qohèleth !

Père Stéphane de Spéville