2ème dimanche de Pâques
12 avril 2026
ÊTRE PARFAIT OU AIMER PARFAITEMENT ?
Il est des soirs où les portes sont closes. On a trop vu, trop perdu, trop espéré peut-être. Alors on se retire, on se protège, on s’enferme. Comme les disciples, ce soir-là, enfermés dans la peur et la fatigue. Comme nous, parfois, lorsque le monde devient trop incertain, trop bruyant de voix de prophètes de malheur, trop fragile pour nos certitudes. Et pourtant, au cœur même de cet enfermement, le Ressuscité se tient là, au milieu. Il ne reproche rien. Il n’explique pas. Il offre d’abord ce dont le cœur humain a le plus besoin : « la paix soit avec vous ! ». Avant toute explication, il y a ce don. Avant toute compréhension, cette présence. Comme si la foi ne commençait pas par voir clair, mais par être rejoint.
Car nous avons longtemps cru qu’il fallait comprendre pour croire. Construire une vision, ordonner des idées, rendre Dieu intelligible pour qu’il devienne recevable. Mais l’Évangile de ce dimanche vient doucement déplacer ce centre : la foi ne naît pas d’abord d’une vision qui explique, mais d’une rencontre qui transforme. Il faut parfois mettre de côté nos convictions — suspendre nos interprétations, nos analyses, nos discours — pour revenir à la source : à l’expérience d’être là, visités, touchés, aimés. Le Mystère ne se laisse pas enfermer par notre vision. Il travaille déjà en profondeur, dans ces zones silencieuses de notre existence où quelque chose en nous désire, espère sans savoir encore nommer. Dans une rencontre inattendue. Dans un geste de réconciliation. Dans le simple désir du bien. Autant de traces discrètes, déposées au cœur de nos vies, bien avant que nous ne sachions les reconnaître.
Alors vient Thomas. Thomas qui ne peut pas croire sans voir. Sa foi a été blessée ; il cherche à rejoindre, avec ses mains, ce que son cœur n’ose plus espérer. Thomas qui a besoin de mettre la main dans les plaies. Et Jésus ne refuse pas. Il lui offre ses blessures. La foi naît dans la blessure et s’éclaire peu à peu, au cœur même de la nuit du doute. Thomas contemple ces plaies ouvertes qui se donnent à voir, et plus encore à éprouver. Et c’est la miséricorde qu’il rencontre. Contempler, ce n’est pas d’abord comprendre. C’est se laisser voir. C’est consentir à être aimé là où nous sommes fragiles. C’est recevoir, avant de saisir.
Notre monde aujourd’hui demeure dans l’inquiétude. Il hésite entre catastrophes annoncées et optimisme fragile. Nous sommes comme des navires en mer agitée : les vents sont contraires, les vagues se lèvent, et parfois la nuit semble sans fin. Mais il y a une étoile : une Présence, qui nous invite à accepter de sortir du besoin de tout voir pour oser la rencontre avec l’Autre. Car vouloir être parfait, c’est encore se regarder ; mais apprendre à aimer, c’est déjà se tourner vers Dieu.
P. Georges Lichaa El Khoury
Lectures de la messe dominicale

Ac 2, 42-47; Ps 117, 2…24; 1P 1, 3-9; Jn 20, 19-31